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Archéologie coloniale

 

 

 

L'archéologie historique

1._Teremba_fillesLe patrimoine historique calédonien lié à la période coloniale n'a pas reçu à ce jour l'attention qu'il mérite. L'inattention, des intérêts mercantiles ou des raisons politiques ont engendré, comme par le passé pour le patrimoine Kanak, la destruction systématique des vieilles maisons - revendues brique par brique - et le pillage des villages abandonnés ou d'installations de mines. Les établissements pénitentiaires ont été pour une grande part rachetés par des particuliers et « cannibalisés », chaque élément de construction étant récupéré pour être réutilisé ailleurs. Les bibelots, sculptures et boites conservés par les anciens bagnards ont été brûlés par leurs descendants, bien décidés à oublier leurs origines. L'administration a souvent aidé à cette destruction du passé, en rasant des sites et des bâtiments.

La prise de conscience récente de l'existence même d'un patrimoine colonial et de l'importance de le sauvegarder et de le mettre en valeur a été due au départ à quelques groupes d'associatifs et des personnalités qui se sont battus au cours des trente dernières années. Ceci a abouti à sauver des sites coloniaux uniques de la destruction. La provincialisation a permis un développement des classements de sites historiques et la mise en valeur d'un certain nombre de bâtiments. Les campagnes de sensibilisation à la préservation du patrimoine renforcent les efforts développés au cours des dernières années en milieu scolaire à travers des « classes patrimoine » afin de faire prendre conscience aux citoyens de demain que les vestiges du passé sont un bien commun légué à l'ensemble des calédoniens.

C'est dans cette démarche que se situent les programmes d'archéologie historique menés depuis 20 ans par les archéologues calédoniens sur les sites du bagne comme Nouville et Teremba, mais également sur des bâtiments du grand sud calédonien, des constructions comme l'ancienne gendarmerie de Tomo ou des mines abandonnées. La réalisation de fouilles sur d'anciens bâtiments, l'étude des vestiges matériels mis au jour, l'analyse des techniques de construction et la reconstruction des différentes phases chronologiques d'aménagement des habitations, a permis d'apporter des éclairages nouveaux et méconnus sur cette période récente de l'histoire du pays. En parallèle, l'étude des sites kanak du dix-neuvième siècle a permis de montrer l'importance des bouleversements subis par la société autochtone, avant même le début du processus colonial.

Les conséquences des premiers contacts avec les navigateurs européens : introductions d'objets nouveaux, chutes démographiques et bouleversements politiques

4._Matos_diversDans le contexte historique océanien du deuxième millénaire après J.C., composé de structures socio-politiques Kanak en évolution constantes dans un cadre culturel relativement stable, l'apparition de nouvelles voiles à l'horizon des îles au dix-huitième siècle a marqué une rupture dans la continuité. Une rupture, avec l'entrée dans l'histoire écrite puis une profonde transformation culturelle. Une continuité, car les peuples océaniens n'ont jamais été figés dans leur société et n'ont jamais été enfermés dans leurs îles sans contacts avec l'extérieur au cours des siècles. Cette rencontre entre deux mondes a été la dernière étape de trois mille ans d'une histoire complexe et évolutive, aboutissant régulièrement à de nouvelles adaptations.

James Cook, en débarquant sur la plage de Balade au matin du 5 septembre 1774, a inscrit la première page de l'histoire moderne de l'archipel calédonien, en laissant un témoignage écrit de ce qu'il a vu. Son séjour d'une semaine, ainsi que celui des nombreux bateaux de marchands, de baleiniers, de beachcombers puis de santaliers qui se sont succédés jusqu'à la fin des années 1840 sur les côtes de l'archipel, ont permis les premiers échanges d'objets entre deux cultures: casse-tête, haches et outils divers pour les musées d'Europe; verroteries, médailles, bouteilles, clous et miroirs pour les chefferies kanak. Cette première période de contacts épisodiques, sur plus de 60 ans, est clairement marquée dans tous les sites archéologiques, avec l'apparition de petits éclats de verre taillé, de perles de verroterie, de quelques fragments de métal. Le passage est matérialisé par l'utilisation de matières nouvelles.

Mais ce que les navigateurs européens ont également laissé derrière eux, sans réellement le savoir, ce sont toute une série de maladies inconnues des habitants du Pacifique: la tuberculose, la grippe, la coqueluche ou la rougeole, sans parler des maladies vénériennes comme la syphilis. Dans des populations non immunisées naturellement par des siècles de contacts avec ces maladies, l'effet a été dévastateur. Les exemples bien documentés du continent américain à partir du seizième siècle et de l'ensemble de l'Océanie au dix-neuvième siècle, indiquent que partout où ces maladies se sont déclarées, elles ont eu des effets dévastateurs sur les populations autochtones, entraînant des chutes démographiques pouvant dépasser 90% en cent ans.

Les groupes kanak de la Grande Terre et des îles ont également été touchés par ces épidémies. Malheureusement, l'absence de documents écrits jusqu'à l'implantation missionnaire au cours des années 1840, ne permet pas de définir l'importance de ce phénomène durant le premier demi-siècle après l'arrivée de J. Cook. Les recherches archéologiques indiquant une occupation intensive de l'archipel avant le contact européen, il est probable que cet impact a été important sur la masse démographique jusqu'aux années 1920, du moins sensiblement plus important que la chute de 40% estimée par les historiens et les ethnologues. Les premiers témoignages écrits datés du milieu du dix-neuvième siècle, donnent des exemples poignants des ravages provoqués par les cycles d'épidémies.

Si une chute démographique majeure de la population kanak a eu lieu au cours du siècle suivant le premier contact européen, avec la disparition de toute une partie de la population et le développement des guerres, ont peut alors plus facilement expliquer les déplacements continuels de groupes claniques tels que relatés par les traditions orales, dans un pays en proie à une dépopulation liée aux épidémies. Une partie de ces récits kanak ne décrit alors pas des organisations sociales et politiques préeuropéennes, mais des organisations bouleversées par l'impact indirect du contact européen durant la première moitié du dix-neuvième siècle, à une époque où pourtant aucun européen n'était encore installé de façon permanente dans l'archipel. Ce sont ces sociétés déstabilisées, en cours de recomposition, qu'ont eu à affronter les militaires français prenant possession de la Nouvelle-Calédonie en 1853.

Les débuts de l'implantation coloniale

3._P1010041Comme toutes les familles nouvelles qui les avaient précédés au cours des millénaires, les européens ont transposé durant la deuxième moitié du dix-neuvième siècle leur mode de vie occidental sur la colonie calédonienne nouvellement fondée. Les constructions en bois, en brique et en pierre ont été calquées sur des plans venus de France. Les techniques de construction étaient également totalement importées, de même que les traditions d'aménagement de l'espace. Enfin, la mise en valeur de la colonie répondait à des critères définis pour un espace européen: l'élevage bovin, la culture de céréales et de mais, la plantation d'arbres fruitiers importés. Cette implantation coloniale a eu des conséquences sur la société Kanak: accaparement des terres, mises en réserves, disparition de toute une partie des ensembles horticoles traditionnels. Elle a également eu des conséquences sur l'environnement: destruction progressive des forêts pour les besoins en bois, appauvrissement des sols suite à la mise en place de pâturages extensifs, début des exploitations minières à ciel ouvert. Mais cette installation progressive a également entraîné la création de bourgades, formant progressivement des villages et des villes. Des chapelles et des temples chrétiens ont été construits en chaux un peu partout aux îles Loyauté. Des maisons en torchis se sont substituées à certaines cases dans les tribus.

Le poids de la colonisation d'origine pénale

5._IdpUn des acteurs majeurs de cette implantation coloniale durant la deuxième moitié du dix-neuvième siècle a été le bagne. Ouvert en 1864, il a engendré l'envoi en un peu plus de trente ans d'environ 30000 transportés, relégués et déportés, qui devaient se substituer à une colonisation libre peu nombreuse. Pendant toute la durée de sa présence dans la colonie, l'administration Pénitentiaire, fonctionnant comme un « état dans l'état », a grandement contribué au développement de la colonie, grâce à la masse de sa main d'oeuvre pénale, parfois utilisée à la limite de l'esclavage. Les premiers grands aménagements urbains de Nouméa, ainsi qu'une partie des axes routiers et des mises en valeurs de centres de l'intérieur, sont dus aux travaux des bagnards. Les traces de cette période se retrouvent à travers certains vieux bâtiments, des ponts en pierre, des restes de murs de forts, des vestiges de plates-formes d'habitations perdus dans la végétation.

Les apports techniques et la mise en valeur agricole de la colonie

L'implantation européenne a profondément influencé les techniques. L'introduction des premières haches en fer a réduit le temps de travail du bois nécessaire avec une lame en pierre, entraînant une évolution de la répartition du temps. Les sculptures, qui étaient dégrossies à l'herminette puis affinées par polissage, ont pu être directement sculptées avec les outils en métal. L'introduction du tabac par les marins a provoqué une appropriation rapide de la pipe blanche en terre par les kanak.

Afin de pouvoir élever des demeures plus respectables que les modestes cahutes en bois et en paille des premiers colons, ont été édifiés un peu partout dans la colonie des fours à briques. Ces briques étaient estampillées avec un cachet marquant leur lieu de fabrication. Des forges permettaient de travailler le métal, en particulier pour les pièces de bateaux mais également pour obtenir des outils agricoles. Enfin, les bagnards s'activaient dans différentes carrières à ciel ouvert afin de fournir la capitale et les centres villageois en pierres de construction.

L'implantation coloniale visait au départ à réaliser une mise en valeur agricole des terres, entraînant l'accaparement des ensembles fonciers kanak. L'installation de colons libres au cours du premier demi-siècle de la présence française fut moins importante que souhaité par Paris et la majorité des exploitations furent mises en valeur par des bagnards en cours de peine ou libérés et mis sur concession. Les premiers échecs de mise en valeur, par des personnes sans expérience de cultivateurs, entraîna la création d'un pénitencier agricole à Fonwary (La Foa), afin de former les futurs concessionnaires. Ce développement agricole de la colonie entraîna l'expérimentation de différentes cultures. La culture de la canne à sucre permit en plusieurs points de la Grande Terre d'ouvrir de petites rhumeries. Certaines cheminées marquent encore l'emplacement de ces anciennes distilleries. Enfin, la colonie fut une grande pourvoyeuse de bois de construction, grâce en particulier à l'exploitation des grandes forêts du sud de la Grande Terre. Durant vingt ans, des dizaines de milliers d'arbres ont été taillés, le plus souvent sans se soucier de replanter de jeunes pousses. Une tradition orale de Yaté raconte qu'un feu de forêt allumé par des bûcherons japonais brûla durant dix mois.

Les exploitations minières et les ouvriers d'origine asiatique

La découverte de la garniérite et d'autres minéraux comme le chrome et le fer sur la Grande Terre entraîna au cours de la deuxième partie du dix-neuvième siècle l'ouverture de centaines de mines, aussi bien à ciel ouvert qu'en galeries. Durant les premières décennies, la main-d'oeuvre fut principalement pénale, avec la signature entre l'administration Pénitentiaire et un certain nombre de grands propriétaires de « contrats de chair humaine ». La fermeture du bagne nécessita le recrutement de nouveaux ouvriers, principalement d'origine asiatique: Indonésiens de Java, Indochinois, Japonais. Contraints durant le temps de leur contrat à travailler dans des conditions souvent très dures, ces travailleurs asiatiques ont tenté de recréer sur leur terre d'adoption un certain nombre de structures de leurs pays d'origine. Une des plus originales est certainement l'aménagement, par des japonais, des sources d'eau sulfureuse de Prony.

Sépultures d'hommes libres, sépultures de bagnards

L'implantation coloniale a également créé un nouveau type de site funéraire: le cimetière. Mais là encore, chacun n'était pas égal face à la mort. Dans les vieux cimetières des villages calédoniens peuvent encore se distinguer les différentes façons de marquer les emplacements réservés aux morts: un espace réservé aux kanak, un espace réservé aux familles de notables et aux gardiens du bagne, un espace pour les familles de métis. Des emplacements ou des cimetières particuliers marquent les lieux d'inhumations des japonais. Les cimetières des nombreux bagnards, morts en cours de peine ou décédés sans famille, sont aujourd'hui ceux qui sont le plus difficiles à retrouver. Il s'agit le plus souvent de groupements de simples monticules de terre alignés dans la brousse, sans marques, anonymes. Les cimetières du bagne de Nouville ont été rasés par les bulldozers. L'emplacement de ceux des pénitenciers de la côte ouest a été souvent oublié. Une des dernières pages du long livre de l'histoire calédonienne a encore du mal à être écrite.