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Tarodière Tchamba
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Tarodière Col des Roussettes
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Tertres de cases Haut Tchamba
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Les constructions monumentales de Maré (îles Loyauté)

 

dossier_4_photo_2La Nouvelle-Calédonie comporte un certain nombre de sites architecturaux de grande taille, comme les barrages de déviation des cours d’eau à des fins horticoles identifiés dans la région de Yaté. Un des aménagements les mieux étudiés à ce jour se trouve sur le plateau central de l’île de Maré, dans le district de La Roche. Il s’agit de plusieurs ensembles de murs construits avec des blocs de corail fossile. Le site le plus imposant se nomme Hnakudotit et est formé d’un quadrilatère non achevé, comportant quatre portes. La structure fait 180 mètres de long sur 145 mètres de large. Les murs ont une épaisseur moyenne de 10 mètres, sur une hauteur pouvant dépasser 4 mètres. Les blocs taillés dans les carrières situées parfois à plusieurs kilomètres de distance et montés en murs secs faisaient en moyenne 100cm de long et pouvaient parfois dépasser 240cm, soit un poids de plusieurs tonnes.

La construction du site de Hnakudotit a été datée, à partir de différents échantillons de coquillages découverts dans les murs, d’environ 250 ans après J.C., soit un peu plus de mille ans après le début du peuplement austronésien de Maré. Cette construction et les traditions orales qui lui sont liées permettent de se faire une idée générale de cette région de Maré au début du premier millénaire après J.C. Les données de traditions orales relevées par le père Dubois sur ces constructions racontent « qu’autrefois les génies de Maré - les mo-yaac - se mirent d’accord pour que chacun de leurs groupes fasse un refuge de guerre, Hna-bo. C’était une sorte de concours pour voir ceux qui feraient le refuge le plus prestigieux. Leur travail devait commencer le matin. Les vainqueurs annonceraient la fin de leur travail par des cris de triomphe. Mais tout le monde tricha. Les plus tricheurs de tous furent le mo-yaac de La Roche, les si-Puan. Ils commencèrent dès la nuit tombée. Au premier chant du coq, certains firent une pose, tandis que d’autres continuaient. Bientôt le travail fut presque fini. On attendit le lever de l’étoile du matin. On se remit au travail, et quand se leva le petit jour, la construction était achevée. Les si-Puan poussèrent des hurlements pour proclamer leur triomphe. Les autres génies débutaient à peine. Ils s’arrêtèrent découragés. C’est ainsi que la forteresse de La Roche est la plus grande de Maré (Dubois 1970, p. 55-56) ». La simple existence d’un ensemble mégalithique aussi grand indique la présence d’une population relativement nombreuse, qui a ressenti à un moment donné le besoin de construire des zones de protection dans cette plaine dépourvue d’abris naturels. Comme le décrit la tradition orale, cette construction, ainsi que sa voisine Waninetit, a due être édifiée en un temps assez court. Afin de pouvoir rassembler toute cette force de travail et diriger la construction, il devait probablement exister à l’époque une structure sociale de type hiérarchisé. Ces constructions devaient alors également valoriser le prestige des groupes dirigeants, ce qui peut être identifié d’après le volume des différents blocs de corail suivant leur emplacement. En effet, les blocs les plus imposants du parement extérieur ont été placés sur les faces internes des portes et devaient surtout avoir pour but d’impressionner les nouveaux arrivants.

La restauration partielle de Hnakudotit effectuée en 1993 et 1994 sous la conduite du Département Archéologie - et avec l’aide d’engins modernes! - a permis de se faire une idée plus précise des difficultés rencontrées par les bâtisseurs il y a plus de 1500 ans. La construction a dû monopoliser un nombre important de personnes, entre les groupes employés dans les carrières, ceux qui tiraient les blocs sur plusieurs kilomètres jusqu’au site, ceux qui montaient les blocs sur les murs et disposaient les remblais, ceux enfin qui assuraient le ravitaillement des ouvriers. L’organisation socio-politique illustrée par ces constructions est différente de celles connues à l’arrivée des européens en Nouvelle-Calédonie. Ceci semble indiquer que toute une série de développements originaux de systèmes sociaux ont existé durant la chronologie ancienne de l’archipel. Certains systèmes complexes ont pu perdurer pendant des siècles, puis s’effondrer, évoluer ou être remplacés, sans qu’il soit possible d’en retrouver les traces dans les traditions orales actuelles, sauf à travers des allégories mythiques.