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Lapita et le premier peuplement calédonien

 

Le peuplement austronésien

photo_2_dossier_1Les recherches archéologiques menées depuis plus de 40 ans en Nouvelle-Calédonie n'ont pas permis de démontrer jusqu'à présent la présence de populations habitant l'archipel avant l'arrivée de navigateurs parlant des langues austronésiennes, il y a un peu plus de 3000 ans. Les ancêtres de ces groupes d'océaniens étaient issus de la rencontre de groupes culturels originaires d'Asie du sud-est et de populations installés en Nouvelle-Guinée insulaire depuis plus de 30 000 ans. Ils avaient quitté quelques générations plus tôt les rivages de l'archipel de Bismarck et s'étaient lancés à la découverte de nouvelles terres au-delà des îles Salomons. Le témoin majeur de cette dispersion de populations austronésiennes dans le Pacifique sud-ouest est un type particulier de poterie décorée, la poterie Lapita. Les sites les plus anciens découverts en Nouvelle-Calédonie se trouvent en différents points de la côte ouest de la Grande Terre, à l'île des Pins ainsi qu'à Maré et à Lifou.

Différents types de poteries, une seule communauté culturelle

Les premières familles austronésiennes qui s'installèrent il y a 3000 ans sur la Grande Terre et les îles Loyauté apportaient avec elles tout un « bagage culturel », qu'il s'agisse de leurs traditions sociales et politiques, de leurs croyances ou des productions artisanales. Ce sont les restes des poteries qui permettent aujourd'hui le mieux d'identifier l'histoire de ces premiers colonisateurs. Trois types majeurs de céramiques ont été découverts sur les sites les plus anciens. Les mieux connus sont les pots décorés de motifs pointillés, les poteries Lapita. Certains pots comportaient, à la place des décors pointillés, des décors incisés ou simplement des indentations sur le bord. Enfin, la surface extérieure d'une partie des récipients produits au cours de la période Lapita a été progressivement imprimée avec un battoir en bois, ce qui formait des décors parallèles en relief. Plus solides et souvent plus petites que les poteries Lapita, ces poteries de Podtanéan, spécifiques à l'archipel calédonien, devaient être utilisées principalement pour la cuisson d'aliments. Ces différentes traditions céramiques permettent de définir une période chronologique de premier peuplement appelée par les archéologues la « période Lapita », datée entre environ 1050 et 750 avant J.C..

Les caractéristiques de la poterie Lapita

La poterie Lapita est avant tout identifiable par la présence de décors réalisés à l'aide de différents peignes dentés, permettant de réaliser des motifs pointillés sur l'argile non cuite. Ces décors géométriques et anthropomorphes extrêmement complexes étaient appliqués sur des poteries fabriquées à partir d'argile de mangrove ou de marécage, mélangée à du sable corallien ainsi qu'à différents types de sables de rivière. Les pots, qui pouvaient atteindre des diamètres de plus de 65cm, étaient souvent cuits à basse température et étaient donc fragiles. Dans la majorité des cas, ils ne pouvaient pas être utilisés pour la cuisson d'aliments ou le stockage de liquides. Ces contraintes techniques, ainsi que la présence de formes complexes de pots (avec des carènes, des couvercles, des plats et des coupes à pied) sans oublier les décors soigneux et élaborés, se retrouvent de façon systématique sur les sites Lapita. Ceci a incité les archéologues à postuler que ces poteries avaient joué un rôle particulier dans l'organisation des sociétés colonisatrices austronésiennes ayant peuplé le Pacifique sud-ouest il y a 3000 ans: symbole d'échange, objet de valeur, objet de prestige, lien familial ou généalogique.

Vie des premières communautés océaniennes de Nouvelle-Calédonie

photo_3_dossier_1En s'installant sur l'archipel le plus au sud de l'arc mélanésien, les familles de navigateurs austronésiens ont eu à s'adapter à un environnement particulier. Il fallait tout d'abord trouver de l'eau et à manger, en attendant que les tubercules amenés sur les pirogues poussent. Les villages les plus anciens ont tous été implantés près d'une rivière ou d'un point d'eau, face à une passe ou à un accès à la haute mer et proche de mangroves et/ou de platiers coralliens riches en coquillages et en poissons. La première exploration des plaines a permis de découvrir l'existence de nombreux animaux et oiseaux endémiques, comme un gros mégapode qui pouvait peser jusqu'à 30 kg, le Sylviornis neocaledoniae, ainsi qu'un crocodile terrestre et une grosse tortue munie de cornes. Afin de fabriquer des outils pour remplacer ceux amenés sur les pirogues, les austronésiens ont progressivement exploité les roches locales siliceuses et le cristal de roche. Les plus anciennes traces d'importations en Nouvelle-Calédonie ont été trouvées sur les sites de Lapita à Koné et de St Maurice-Vatcha à l'île des Pins. Il s'agit de petits éclats d'obsidienne (un verre volcanique), provenant de la région de Talasea en Nouvelle-Guinée, à 3000 km au nord. Des tessons de poteries Lapita fabriquées en Nouvelle-Calédonie ont eux été découverts à Malo et Téouma au Vanuatu, preuve qu'il y a 3000 ans des relations existaient entre les différents groupes austronésiens installés dans le sud de la Mélanésie.

Les ensembles de parures

En parallèle à la fabrication de poteries, il semble que cette première phase de peuplement ait été marquée par une tradition de fabrication de nombreuses parures en coquillages. Sur certains sites, des dizaines de bracelets en cône, parfois décorés d'incisions géométriques, ont été découverts. D'autres types de bracelets et de pendentifs étaient taillés et polis dans les dures coquilles de bénitier. Enfin, toute une série de petites perles en cône ou en huître perlière devaient être enfilée en colliers.

Les occupations aux îles Loyauté

Si la majorité des fouilles de sites anciens s'est concentrée jusqu'à présent sur la Grande Terre et à l'île des Pins, plusieurs sites Lapita ont également été étudiés aux îles Loyauté. Ceci a permis de montrer l'existence d'échanges avec la partie occidentale de l'archipel, avec en particulier l'importation de pierres taillées et polies ainsi que de poteries et ... de petits fragments de nickel. Les poteries Lapita apparaissent avoir perdu rapidement leurs décors complexes aux îles Loyauté, remplacés par des motifs formés souvent de successions de zigzags. Des formes typiquement loyaltiennes d'hameçons, de parures et de décors céramiques ont été découvertes, semblant souligner une évolution propre des traditions culturelles locales après le premier peuplement.