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la chronologie céramique de l'archipel calédonien


 

« La période de Koné » (environ 800 avant J.C.- 100 après J.C.)

dossier_2_photo_6Les fouilles menées sur les sites occupés progressivement au cours du premier millénaire avant J.C. à la suite du premier peuplement Lapita, ont permis d'identifier dans les ensembles céramiques des adaptations, puis des évolutions et des transformations importantes. Ainsi, quelques siècles après le début de l'occupation de l'archipel, les poteries Lapita ont cessé progressivement d'être fabriquées (voir dossier 1), comme partout ailleurs dans le Pacifique sud-ouest. Les symboles liés à cette poterie avaient probablement perdu de leur sens avec l'achèvement de la phase de colonisation et les motifs géométriques n'ont plus été réalisés que sur des tapas ou des tatouages.

En parallèle, les autres traditions de poteries, incisées et imprimées au battoir, se sont diversifiées, avec l'utilisation fréquente d'impressions de coquillages et de motifs incisés variés. Les poteries ont perdu leur forme carénée, remplacée par des pots hémisphériques et des plats creux grossièrement façonnés, Les décors sont devenus principalement limités à des incisions simples ou en forme de chevrons sur une ou plusieurs rangées ainsi qu'à des impressions de différents types. Les comparaisons effectuées entre les différentes régions ont permis de montrer qu'au cours du premier millénaire avant J.C., une différenciation culturelle progressive s'était mise en place entre le nord et le sud de la Grande Terre, avec en particulier la fabrication de types différents de poteries. Dans le sud et de l'ouest de la Grande Terre les poteries sont spécifiques d'une « tradition de Puen », alors que dans le nord, une « tradition de Pindaï » encore mal connue émerge. Au même moment, à partir du milieu du premier millénaire avant J.C., les populations des îles Loyauté cessaient définitivement de fabriquer des poteries. Cette phase post-Lapita a été définie comme « la période de Koné ».

Les poteries à anses de « la période de Naïa » (premier millénaire après J.C.)

dossier_2_photo_4Au début du premier millénaire après J.C., les formes et les décors des poteries de la tradition de Puen du sud de la Grande Terre se transformèrent progressivement pour aboutir à un type de pot nouveau et de forme unique dans le Pacifique: la poterie hémisphérique à anses. L'importance de cette évolution céramique, qui a ses parallèles dans le nord avec le développement de céramiques peu décorées de la « tradition de Balabio », a incité les archéologues à proposer l'identification d'une nouvelle période chronologique, appelée « période de Naïa ».

Les poteries à anses, de la « tradition de Plum », ont été fabriquées durant la majorité du premier millénaire après J.C. Elles se caractérisaient par des parois souvent épaisses, montées grâce à la technique du colombin. Les anses, réalisées à partir de boudins d'argile, étaient introduites dans deux trous pratiqués sous le bord du pot, puis les extrémités étaient écrasées sur la partie intérieure du récipient et formaient un bouchon résistant, sur le même principe que le rivet. Toute une série d'autres éléments de préhension, comme des oreilles ou des boutons comportant parfois des décors incisés ou grossièrement pointillés, ont été découverts en relation avec des tessons de poteries de Plum. Les tailles très variables des fragments d'anses retrouvés indiquent que ces pots pouvaient avoir des diamètres divers, pouvant dépasser 60cm.

La forme des bords arrondis faiblement sortants, mais surtout les types des décors incisés, montrent une parenté claire avec les poteries plus anciennes de la « tradition de Puen » et permettent de lier culturellement ces deux ensembles céramiques. Les incisions en chevrons ont en effet progressivement été développées en décors foliacés de palmes, avec une incision longue servant de point de départ à des alignements de demi-chevrons. Ces décors pouvaient de croiser, formant alors des motifs triangulaires, ou s'étendre sur les anses. Au cours de siècles, les formes de poteries à anses se diversifièrent, avec l'apparition de pots plus allongés, de pots à bords rentrants ainsi que de pots non décorés.

Les céramiques de « l'ensemble culturel traditionnel Kanak » (deuxième millénaire après J.C.)

dossier_2_photo_3A la fin du premier millénaire après J.C., les groupes de potiers du sud de la Grande Terre ont progressivement abandonné la fabrication des poteries à anse de la tradition de Plum et ont créé un nouveau type de poterie ovoïde avec un bord rentrant, plus fin, aux parois montées à partir de plaques d'argile. Ces poteries, fabriquées jusqu'au XIXe siècle, ont été nommées « poteries de la tradition de Néra ». Le décor principal était celui des pustules repoussées, qui formaient des alignements de tétons sur la paroi extérieure. Certaines régions réalisaient de multiples décors incisés, avec des motifs figuratifs anthropomorphes ou stylisés. Certains de ces pots ne dépassaient pas vingt centimètres de diamètre, alors que d'autres pots avaient un diamètre de plus de cinquante centimètres. Les observations réalisées dans plusieurs sites de la côte ouest et à Yaté indiquent qu'il existait des différenciations régionales dans la tradition de Néra, en particulier entre le sud de la Grande Terre et la région La Foa-Bourail. Paradoxalement, si les poteries restent les vestiges archéologiques les plus nombreux dans les sites, elles n'apportent que peu de renseignements sur le mode de vie des populations durant le deuxième millénaire après J.C., comparativement aux sites d'habitat et de cultures horticoles de surface.

Les « poteries de la tradition d'Oundjo » forment l'ensemble céramique développé au cours du deuxième millénaire après J.C. dans tout le nord de la Grande Terre. Ces poteries, fabriquées d'après les données de traditions orales par les femmes, avaient principalement une forme ovale, avec un bord marqué et des décors incisés, peignés ou surmodelés. Elles étaient construites au colombin, souvent épaisses et comportaient quasi systématiquement, sous le bord, de quatre à huit trous percés dans le récipient. Ces poteries étaient solides et bien adaptées à la cuisson journalière des aliments, ce qui était leur fonction principale. Les tubercules, poissons, crabes ou oiseaux étaient placés dans un fond d'eau puis l'ouverture était fermée par un bouchon végétal, la cuisson se faisant à l'étouffée.

Certaines poteries d'Oundjo avaient une fonction particulière et ne servaient qu'une fois par an, lors des prémices de la nouvelle igname, pour cuire rituellement les tubercules. D'autres enfin, souvent de forme plus grossière, étaient utilisées pour la réalisation des médicaments et des magies. Les poteries d'Oundjo ont été fabriquées jusqu'au début du XXe siècle et sont les récipients kanak les plus présents dans les musées d'ethnographie. Elles correspondent à ce que les européens ont appelé « la marmite canaque » et caractérisent avec les poteries de la tradition de Néra les céramiques liées à « l'ensemble culturel traditionnel Kanak » développé au cours du millénaire avant les premiers contacts occidentaux, avant l'introduction de récipients en métal.