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Information Sylviornis

Jeudi, 21 Avril 2016 00:00

 

Une étude dirigée par des chercheurs de l’Université Flinders en Australie en association avec des collègues de l’Université Nationale Australienne à Canberra et de l’Institut d’archéologie de la Nouvelle-Calédonie et du Pacifique à Nouméa, a permis d’éclairer d’un nouveau jour les connaissances sur un étrange gallinacé géant éteint, qui vivait dans plusieurs îles du Pacifique jusqu’à l’arrivée de l’homme. Sylviornis neocaledoniae vivait en Nouvelle-Calédonie jusque vers 500 ans avant J.C., date à laquelle les derniers individus de l’espèce ont été consommés jusqu’à l’extinction par les premiers habitants de l’archipel. Jusqu’à présent, il était classé par les spécialistes comme un proche parent des espèces de mégapodes ou des oiseaux constructeurs de nids en monticules, mais les nouvelles recherches démontrent qu’il s’agit en fait d’un lignage évolutionnaire spécifique, sans apparentements vivants contemporains. Et en particulier, que cette espèce ne construisait pas de monticules.

Les conclusions des recherches récemment publiées dans le journal international PLoS One détaillent sur une centaine de pages les caractéristiques de cet oiseau énigmatique. Grâce à l’étude du squelette post-crânien, provenant en grande partie d’une collection archéologique fouillée en 2003 sur la presqu’île de Pindaï (Province Nord, Nouvelle-Calédonie) par T. Worthy, A. Anderson et l’équipe d’archéologues calédoniens sous la direction de C. Sand, les chercheurs ont pu évaluer la hauteur des individus adultes à environ 0.8m, avec un poids entre 27kg et 34kg, bien plus imposant par exemple que les 2.4km des grosses dindes australiennes. « Cet oiseau devait vraiment ressembler à une énorme dinde gonflée aux stéroïdes » a conclu Miyess Mitri, qui a réalisé l’étude des ossements.

« Quand nous avons étudié en détail les os des pattes, il est apparu clairement que cet oiseau ne pouvait pas construire de monticules d’incubation pour ses œufs, comme le font la majorité des mégapodes. Les traces musculaires indiquent que les muscles des doigts de pieds étaient peu développés et que les griffes étaient de même type que ceux des poulets – rien de comparable avec les formes de ‘mini-bèches’ des mégapodes constructeurs de monticules » a précisé Thevor Worthy, paléontologue à l’université Flinders.

Sylviornis n’avait donc pas la capacité de construire des monticules, contrairement aux espèces australiennes et océaniennes endémiques de mégapodes. Ces données permettent de mettre fin à une hypothèse archéologique ancienne. En Nouvelle-Calédonie ont en effet été inventoriés de nombreux monticules géants définis localement sous le nom de ‘tumuli’, pouvant atteindre près de 2m de hauteur, qui ont été interprétés comme les restes des nids érigés par Sylviornis. Les conclusions de l’article démontrent que cette interprétation n’est pas étayée par l’étude ostéologique et que d’autres explications doivent être trouvées pour ces bombements. « Les travaux menées à l’Ile des Pins démontrent que les tumuli de bord de mer sont en fait de sépultures humaines collectives et il est probable que celles du plateau ont également une origine humaine. L’étude publiée dans la revue PLoS One est donc importante pour notre connaissance plus générale du passé de la Nouvelle-Calédonie » précise l’archéologue Christophe Sand à Nouméa.

L’étude des ossements a permis de révéler d’autres particularités de cet oiseau disparu, décrites dans l’article. Elle a également entraîné une analyse détaillée des liens de famille identifiables avec d’autres espèces, montrant qu’en fait Sylviornis neocaledoniae n’a pas de parent proche vivant aujourd’hui, mais qu’il peut être rapproché des quelques rares spécimens d’un volatile géant disparu de Fidji nommé Megavitiornis altirostis. Ces deux espèces sont des parents lointains de toutes les volailles terrestres mais ne sont pas apparentés de façon proche aux mégapodes. En conclusion de ces études il est possible d’affirmer de façon quasi-certaine que Sylviornis couvait ses œufs en s’asseyant dessus, plutôt que d’enterrer ses œufs dans un monticule comme le font les mégapodes.

Ces travaux menés sur plus de 10 ans contribuent à enrichir nos connaissances de la diversité passée des nombreux volatiles géants primitifs qui ont vécu en Océanie et leurs liens avec l’Australie. Ceux-ci s’y sont développés durant plusieurs millions d’années, avant d’être menés à l’extinction en quelques générations ou siècles à la suite de l’arrivée des premiers hommes, comme se fut le cas pour Sylviornis neocaledoniae en Nouvelle-Calédonie.

Pour plus d’informations, contacter :
Christophe SAND, Institut d’archéologie de la Nouvelle-Calédonie et du Pacifique
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